
Entre provocation, tendresse brute, corps saturés de couleurs, à l’intersection entre la vie et l’abandon ; autant d’éléments nous invitant à l’émotion et au malaise. Plonger son regard dans l’art de Saudek, c’est se jeter à corps perdu dans la nostalgie et une fragilité maquillée. C’est déployer sa sensibilité pour épouser la vie.
Saudek a modestement immortalisé la majeure partie de son œuvre, dans son studio et dont la fenêtre servi de support, ainsi ce qu’il voit et choisit de voir, nous traverse. Il questionne notre rapport à cet état le plus vulnérable, qu’il soit physique et émotionnel, à savoir la nudité. Nous expérimentons tous cette sensation, se mettre à nu, se dévoiler, par le corps et la parole. Alors, je pense à cette photographie, Dawn, une femme nue de dos, surplombant la ville, à l’aube ; elle m’a profondément émue, aux larmes presque. Elle m’évoque le monde dont on ne peut se retirer et que nous devons prendre le risque de rencontrer, et le courage que cela nécessite. Elle m’a chuchoté le vide et la solitude, dans un monde toujours plus industrialisé et individualiste, où le sentiment d’appartenance échappe à beaucoup d’entre nous, contemporains.
Il me paraitrait malhonnête d’entreprendre cet article sans mentionner l’obsession pour le nu féminin, qui anime le récit artistique de Saudek et nous dérange en bousculant nos conventions. Ses modèles féminins sont corpulents, pleins, charnels, costumés et maquillés ; les scènes sont étranges pour certaines, indubitablement érotiques et choquantes pour d’autres, et là est le thème qui habite principalement son travail : le nu et le dévêtu.
Les sujets s’évadent, d’eux-même, se prenant au jeu de la transgression et rendant l’expression de sentiments et d’états palpables, tels que l’abandon, la dévotion, l’amour familial, la dualité et le désarroi. La beauté qui émane de ses clichés réside dans ce parfum provocateur qui définit son style. Un style assumé et reconnaissable, qui doit son renom à une technique associant la photographie à la peinture, le dessin, puisqu’il coloriera ses clichés avec un aérographe et des encres azurées. Cette technique fut utilisée par Alphonse Mucha, figure majeur de l’Art nouveau. Chez Saudek, les couleurs et la monochromie donneront le ton sur la provocation et la vulnérabilité.
La nudité de Saudek nous élève, de nos contradictions assumées et refoulées, en forçant le confort installé d’un regard neutre.


